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Hyponatrémie induite par les antidépresseurs : mécanismes, risques, diagnostic et prise en charge

Publié le 22 juillet 2026 Date d'expiration de la certification : 22 juillet 2029 DOI: 10.64239/PI-FR-BG024

Sebastián Malleza, M.D.

Psychiatrist & Medical Editor - Psychopharmacology Institute

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En bref

L’hyponatrémie induite par les antidépresseurs est la complication électrolytique cliniquement la plus significative du traitement antidépresseur. Elle est idiosyncrasique plutôt que dose-dépendante : elle survient aux doses thérapeutiques et ne suit pas de manière fiable les taux plasmatiques [13].
Aucun antidépresseur n’est exempt de risque : la mirtazapine présente les données les plus cohérentes en faveur d’un risque comparatif inférieur à celui des ISRS [410]

Le défi clinique réside dans la reconnaissance du tableau : les symptômes sont non spécifiques et habituellement attribués à tort à la maladie psychiatrique, au vieillissement ou aux effets indésirables attendus du traitement. Les symptômes dépendent à la fois de la valeur sodée et de la vitesse de déclin.

  • Risque d’hyponatrémie en un coup d’œil :
    • Risque clairement augmenté : ISRS et IRSN
      • Les méta-analyses groupées placent généralement les IRSN légèrement au-dessus des ISRS, mais cette tendance n’est pas uniforme dans les cohortes les plus récentes [5,710]
    • Risque comparatif inférieur, le mieux étayé : mirtazapine
      • Un risque inférieur ne signifie pas un risque nul [5,8,9]
    • Alternative potentiellement à risque moindre, données comparatives limitées : bupropion [6,10]
    • Risque potentiellement moindre mais données limitées : trazodone et agomélatine
      • L’agomélatine repose sur de petites études observationnelles et des séries de cas, et sa disponibilité varie selon les pays [5,10,11]
    • Aucun classement fiable molécule par molécule :
      • La venlafaxine, la duloxétine, la fluoxétine, la paroxétine, la sertraline, le citalopram et l’escitalopram ont chacun produit le signal le plus fort selon les jeux de données considérés [58,12,13]
Diagramme : Risque d'hyponatrémie lié aux antidépresseurs · Risque clairement augmenté · Risque plus faible — données solides · Risque plus faible — données limitées · ISRS et IRSN en tant que classes — aucun classement fiable entre les molécules individuelles · • Mirtazapine : risque plus faible ≠ risque nul · • Bupropion • Trazodone • Agomélatine — données comparatives insuffisantes
  • Recommandations cliniques clés :
    • Vérifier la natrémie de base avant d’instaurer ou d’augmenter un antidépresseur chez les patients présentant un risque significatif : [1,3,14–16]
      • Âge avancé (en particulier ≥65 ans)
      • Antécédents d’hyponatrémie ou de syndrome d’antidiurèse inappropriée (SIAD)
      • Natrémie de base basse ou à la limite inférieure de la normale
      • Utilisation de thiazidiques ou de plusieurs médicaments associés à l’hyponatrémie
      • Cardiopathie, hépatopathie ou néphropathie sévère
    • Préférer un agent à risque moindre chez les patients prédisposés à l’hyponatrémie :
      • La mirtazapine dispose des données comparatives les plus solides ; le bupropion constitue une alternative raisonnable [5,6,8,9]
    • Chez les patients à haut risque, recontrôler la natrémie pendant la fenêtre de risque précoce :
      • Généralement vers 1–2 semaines, puis à 4 semaines, et immédiatement en cas de symptômes évocateurs
      • Le calendrier exact repose sur un consensus d’experts et n’est pas validé par des données d’essais randomisés [3,5,12,14,17]
    • Traiter en fonction des symptômes et de la sévérité clinique, et non de la valeur sodée seule :
      • Une crise comitiale, une altération marquée de la conscience, une confusion sévère ou une détresse cardiorespiratoire constituent une urgence médicale quelle que soit la valeur exacte de la natrémie [18,19]
    • En cas d’hyponatrémie induite par un antidépresseur sans symptômes sévères :
      • Réduire ou interrompre le médicament en cause si possible
      • Rechercher d’autres étiologies et les médicaments en interaction
      • Recourir à la restriction hydrique uniquement lorsqu’un SIAD euvolémique est établi et cliniquement approprié [14,18,19]
    • Éviter en règle générale la réintroduction de l’antidépresseur impliqué :
      • En l’absence d’alternative adéquate, recourir à une décision partagée éclairée par un avis spécialisé, avec une surveillance rapprochée de la natrémie [2,14]

Introduction

Significance clinique

  • Les antidépresseurs figurent parmi les classes médicamenteuses les plus fréquemment impliquées dans le syndrome d’antidiurèse inappropriée (SIAD), terme générique moderne (plus large que le SIADH) désignant une rétention inappropriée d’eau libre qui dilue le sodium sérique [14,20]
    • Les diurétiques thiazidiques et apparentés demeurent des causes particulièrement importantes d’hyponatrémie médicamenteuse [14,20]
  • L’hyponatrémie est l’une des principales causes de chutes et de fractures chez les personnes âgées ; même les formes légères et chroniques ont été associées à des troubles de l’attention et de la marche [13,14,20]
  • Fréquemment sous-reconnue en milieu psychiatrique, car les symptômes cardinaux (confusion, fatigue, déclin cognitif, instabilité à la marche) se confondent avec ceux des affections traitées [1]

Incidence et facteurs de risque

  • L’incidence varie selon la définition retenue, la population étudiée et la durée du suivi :
    • Taux d’événements de 6 % pour l’hyponatrémie définie selon les critères de l’étude, d’après une méta-analyse de 2025 portant sur les ISRS/IRSN [7]
    • 8,25 % pour toute hyponatrémie et 2,87 % pour une hyponatrémie cliniquement significative chez les utilisateurs âgés d’antidépresseurs, selon une méta-analyse gériatrique de 2026
  • Chronologie :
    • La fenêtre de risque la plus élevée se situe peu après l’instauration du traitement ou une augmentation de dose ; le risque est maximal durant les 2 premières semaines et n’est plus significatif après un an [12]
    • Une hyponatrémie de survenue tardive peut néanmoins se produire lors de l’apparition d’une nouvelle maladie, d’une augmentation des apports hydriques ou de l’ajout d’un médicament en interaction ; une exposition prolongée ne doit donc pas être considérée comme protectrice [12]

Mécanismes de l’hyponatrémie induite par les antidépresseurs

  • La voie finale commune est l’altération de l’excrétion rénale d’eau libre d’électrolytes. Il en résulte une hyponatrémie hypotonique, généralement euvolémique : un excès d’eau libre plutôt qu’un déficit en sodium [18,19,21,22]
    • Le terme moderne syndrome d’antidiurèse inappropriée (SIAD) est préféré, car la vasopressine circulante ne doit pas nécessairement être mesurément élevée [19,21,22]
  • L’affinité de liaison au transporteur de la sérotonine (SERT) constitue un signal mécanistique parmi d’autres, et non un classement cliniquement validé applicable à l’ensemble des populations et des critères de jugement [47]
    • Dans une étude de triangulation, l’amplitude de la chute sodée était corrélée à l’affinité d’un antidépresseur pour le SERT [4]
    • Une liaison SERT élevée (paroxétine, duloxétine, escitalopram) tendait vers une diminution plus importante de la natrémie
    • Une liaison SERT faible ou nulle (mirtazapine, bupropion) se traduisait par un effet minimal ou nul sur la natrémie
  • L’association n’est pas dose-dépendante :
    • L’hyponatrémie survient aux doses thérapeutiques et ne corrèle pas avec les taux plasmatiques du médicament [13]
    • Elle se comporte davantage comme une réaction idiosyncrasique et tempo-dépendante, avec un risque concentré peu après l’instauration du traitement [2,23]
  • Deux voies peuvent converger vers une rétention hydrique au niveau du tube collecteur rénal [20,22]
Deux voies menant à l’hyponatrémie de dilution. Voie centrale (SIADH classique) : un antidépresseur sérotoninergique oral (ISRS, IRSN) active les récepteurs 5-HT2C et 5-HT3 ; l’hypothalamus et la neurohypophyse libèrent l’ADH ; l’ADH circulante atteint le récepteur V2 (un GPCR) sur la cellule principale du tube collecteur rénal, où la cascade Gs–AMPc entraîne l’insertion de l’AQP2 et la réabsorption de l’eau. Voie rénale (NSIAD) : action rénale directe, avec un taux d’ADH normal ou supprimé. Les deux voies convergent vers la même voie finale commune — la réduction de l’excrétion d’eau libre — qui produit une hyponatrémie de dilution : excès d’eau libre, sans perte de sodium.
  • Voie centrale (SIADH classique) :
    • Les antidépresseurs sérotoninergiques stimulent la sécrétion d’ADH (vasopressine),
      vraisemblablement par activation des récepteurs 5-HT2C et 5-HT3 [20,22]
    • L’ADH agit ensuite sur les récepteurs V2 du tube collecteur, induisant l’insertion des canaux hydriques AQP2, la rétention d’eau et une hyponatrémie de dilution
      [20,22]
    • Le SIADH représente environ un tiers de l’ensemble des cas d’hyponatrémie
      en pratique clinique [21]
  • Voie rénale (syndrome néphrogénique d’antidiurèse inappropriée,
    NSIAD) :
    • Certains médicaments pourraient augmenter la signalisation V2/AQP2 au niveau du tube collecteur ou la sensibilité rénale à la vasopressine, de sorte que le taux d’ADH peut être normal ou même supprimé [22]
    • Ce mécanisme néphrogénique est biologiquement plausible et étayé
      par des données expérimentales pour certains médicaments (dont la sertraline) [22]
      • Il n’est pas établi comme voie prédominante pour les antidépresseurs
        et ne doit pas être présenté comme un effet de classe
    • Il explique également pourquoi le tolvaptan (un antagoniste du récepteur V2) peut être efficace même lorsque l’ADH n’est pas élevée

Comparaison du risque d’hyponatrémie entre les antidépresseurs

  • Les données comparatives sont presque entièrement observationnelles et très hétérogènes [510]
  • Les différences d’âge, de natrémie de base, de pratiques de laboratoire, d’indication, de traitements concomitants et de définition des critères de jugement peuvent inverser les classements apparents.
  • Privilégier des catégories de risque larges et une évaluation individualisée plutôt qu’un classement définitif [58]

Risque par classe et groupe de molécules

Classe ou groupe de molécules Interprétation clinique Limites
IRSN Les méta-analyse retrouvent souvent un risque modestement plus élevé qu’avec les ISRS
[5,7,9]
Une cohorte multicentrique de 2026 a mis en évidence un signal significatif pour les ISRS mais pas pour les IRSN, montrant que la hiérarchie n’est pas uniforme [10]
ISRS Constamment associés à un risque accru, notamment en début de traitement et chez les patients âgés [5,7,10,12] Les classements des ISRS pris individuellement diffèrent selon les jeux de données.
ATC Le risque global est généralement inférieur à celui des ISRS et des IRSN [5,8] Les risques anticholinergiques, cardiovasculaires et en cas de surdosage font généralement obstacle au choix d’un ATC dans le seul but de réduire le risque d’hyponatrémie.
Mirtazapine Alternatives à risque plus faible la mieux étayée par rapport aux ISRS [5,9] Elle reste associée à une hyponatrémie par rapport à l’absence de traitement, et des cas sévères rares sont rapportés [5,8,9,24]
Bupropion Option à risque plus faible raisonnable lorsqu’elle est cliniquement appropriée [6,10] Les données comparatives sont limitées et n’établissent pas un risque nul
[6,10]
Trazodone Une option potentiellement à risque plus faible [5] Peu d’études disponibles et incertitude substantielle ; le niveau de preuve est inférieur à celui de la mirtazapine.
Agomélatine Alternatives potentielle dans les pays où elle est disponible Les données sont rares et comprennent une petite série de cas publiée en 2025 ; la surveillance de la fonction hépatique et les conditions locales d’autorisation de mise sur le marché s’appliquent [2,11]

Molécules individuelles

  • Différentes larges bases de données ont généré des signaux plus élevés pour la venlafaxine, la duloxétine, le citalopram, la sertraline, la paroxétine, l’escitalopram et la fluoxétine, mais la molécule identifiée comme la plus à risque varie d’une cohorte à l’autre ; aucun médicament individuel ne peut donc être classé de manière fiable comme le plus risqué [68,12,13]

Conclusion clinique

  • Les données disponibles ne permettent pas d’établir un classement universellement valide entre les molécules individuelles ; le choix de l’agent doit être adapté au profil de risque du patient plutôt qu’à une hiérarchie préétablie
  • Lorsque la réduction du risque d’hyponatrémie constitue une priorité majeure [5,6,9]
    • La mirtazapine bénéficie du soutien comparatif le plus solide
    • Le bupropion est une option raisonnable lorsqu’il est cliniquement adapté
    • Les données concernant la trazodone et l’agomelatine sont trop rares pour les considérer comme équivalentes sur le plan des preuves

Présentation clinique et diagnostic

  • Les symptômes de l’hyponatrémie chevauchent largement ceux de la dépression et les effets indésirables des antidépresseurs ; le premier défi est donc de la reconnaître, en particulier dans les formes légères.
  • Il convient de distinguer la sévérité biochimique (la valeur de la natrémie) de la sévérité clinique (les symptômes) [18,19]
    • Les symptômes dépendent à la fois de la concentration en sodium et de la vitesse de chute
    • Une natrémie à 128 mmol/L en baisse aiguë peut être plus dangereuse qu’une valeur stable et chronique inférieure à 125 mmol/L
1LÉGÈRE
Na 130–134 mmol/L
2MODÉRÉE
Na 125–129 mmol/L
3SÉVÈRE
Na <125 mmol/L
  • Souvent asymptomatique
  • Fatigue, céphalées
  • Difficultés de concentrations
  • Plaintes cognitives légères
  • Nausées
  • Confusion, troubles mnésiques
  • Instabilité à la marche → chutes
  • Faiblesse musculaire
  • Vomissements, delirium
  • Crises convulsives
  • Somnolence profonde → coma
  • Arrêt respiratoire, décès

Reconnaissance des symptômes selon la sévérité

  • Légère (Na 130–134 mmol/L) :
    • Souvent asymptomatique ; peut se manifester par une fatigue, des céphalées, des difficultés de concentration ou des plaintes cognitives légères [20]
    • Habituellement attribuée à tort à une dépression, au vieillissement ou aux effets indésirables d’autres médicaments
      • Vérifier la natrémie avant de retenir cette hypothèse, notamment chez les patients âgés récemment mis sous antidépresseur [1,20]
  • Modérée (Na 125–129 mmol/L) :
    • Nausées, confusion, troubles mnésiques, instabilité à la marche, faiblesse musculaire
      [20]
    • Risque accru de chutes, particulièrement dangereux chez les patients âgés déjà exposés au risque de fractures [14]
  • Sévère (Na <125 mmol/L) :
    • Crises convulsives, altération marquée de la conscience ou coma, confusion sévère ou delirium, ou détresse cardiorespiratoire
    • Les symptômes sévères constituent une urgence médicale quelle que soit la valeur exacte de la natrémie ; une évaluation en urgence doit être organisée [18,19]

Bilan diagnostique

  • L’objectif est de confirmer une hyponatrémie hypotonique vraie, d’établir le statut volémique et de déterminer si l’antidépresseur est en cause.

  • Quand contrôler la natrémie :

    • Conformément au plan de surveillance, ou dès qu’apparaissent une confusion, un déclin cognitif, une instabilité, des chutes ou des nausées sous antidépresseur
  • Examens à prescrire et éléments à analyser :

    • Osmolalité sérique et glycémie pour confirmer la tonicité :
      • Une osmolalité mesurée abaissée confirme une hyponatrémie hypotonique
      • L’hyperglycémie provoque une hyponatrémie hypertonique (translocationnelle) ; une hyperlipidémie marquée ou une paraprotéinémie peut entraîner une pseudohyponatrémie isotonique selon la méthode de dosage utilisée par le laboratoire [20,21]
    • Osmolalité urinaire et natriurie, idéalement avant tout apport de sérum physiologique, diurétique ou modification liquidienne majeure :
      • Une osmolalité urinaire >100 mOsm/kg témoigne d’un effet antidiurétique persistant mais n’est pas spécifique du SIAD ; <100 évoque une polydipsie primaire ou un apport insuffisant en solutés [21]
      • Une natriurie >30 mmol/L est compatible avec un SIAD lorsque l’apport sodé alimentaire est adéquat et que les diurétiques, une néphropathie et une insuffisance surrénalienne ont été écartés [14,21]
    • Rechercher les facteurs contributifs probables : introduction récente ou augmentation posologique d’un antidépresseur, thiazidiques, carbamazépine/oxcarbazépine, AINS, opioïdes [14,22]
    • Éliminer les causes concurrentes :
      • Évaluer la fonction rénale et rechercher une insuffisance surrénalienne
      • Doser la TSH si indiqué ; un hypothyroïdisme sévère peut contribuer, mais des anomalies thyroïdiennes légères expliquent rarement une hyponatrémie marquée
      • Considérer également une insuffisance cardiaque, une cirrhose, une néphropathie, des pertes digestives et un apport insuffisant en solutés avant d’attribuer l’hyponatrémie à l’antidépresseur [20,21]
    • Ne pas mesurer systématiquement l’ADH plasmatique ou la vasopressine : le dosage est techniquement difficile, n’est pas requis pour le diagnostic et modifie rarement la prise en charge [18,22]

Diagnostic différentiel

  • Polydipsie primaire :
    • Particulièrement fréquente chez les patients souffrant de troubles psychotiques
    • Un apport hydrique excessif peut dépasser la capacité d’excrétion rénale même en présence d’un pouvoir de dilution normal
    • Les urines seront maximalement diluées (<100 mOsm/kg), à l’opposé des urines concentrées observées dans le SIADH [21]
  • Hyponatrémie induite par les thiazidiques :
    • Mimique clinique du SIADH (euvolémie apparente, urines concentrées, natriurie élevée)
    • Chez les patients recevant à la fois un thiazidique et un antidépresseur, la causalité est souvent multifactorielle

Facteurs de risque liés au patient

  • Le risque dépend à la fois du médicament choisi et du profil individuel du patient.

  • L’hyponatrémie liée aux antidépresseurs est peu fréquente chez les patients sans facteurs de risque, mais bien plus commune qu’on ne le pense généralement lorsque plusieurs facteurs se cumulent [1,14]

  • Les facteurs ci-dessous sont cumulatifs : plus ils sont nombreux, plus la surveillance doit être intensive

  • Facteurs de risque à plus haute valeur prédictive :

    • Âge avancé, notamment ≥65 ans et de façon marquée ≥80 ans :
      • Parmi les facteurs les plus déterminants [9,12,15]
    • Antécédent d’hyponatrémie ou de SIAD :
      • Puissant facteur prédictif de récidive ; à documenter avant le choix du traitement [1,14]
    • Natrémie basale basse ou à la limite inférieure de la normale [1]
    • Faible poids corporel, IMC bas ou fragilité [1,14]
    • Utilisation de diurétiques thiazidiques ou apparentés :
      • Le levier d’action le plus accessible
      • L’association ISRS-thiazidique majore le risque chez les patients âgés ; une déprescription ou une substitution doit être envisagée chaque fois que possible [15,16,25]
    • Carbamazépine ou oxcarbazépine :
      • Les anticonvulsivants le plus constamment associés au SIAD ; à réévaluer en cas de coprescription [20,22]
    • Polymédication incluant plusieurs médicaments associés à l’hyponatrémie, ou maladie aiguë intercurrente
  • Facteurs contributifs moins robustes ou contextuels (s’ajoutent au risque cumulatif, mais ne doivent pas être considérés comme des risques équivalents) :

    • Sexe féminin (risque plus élevé chez les femmes très âgées, mais en partie confondu avec l’âge, la corpulence et les habitudes de prescription), ainsi que les AINS, les inhibiteurs de l’ECA/ARA, les IPP ou les opioïdes [6,12,14,20]
    • L’insuffisance cardiaque, la cirrhose et la néphropathie interviennent principalement comme causes alternatives à écarter (voir Présentation clinique et diagnostic) ; le diabète intervient par le biais de l’hyperglycémie, de la néphropathie et du contexte thérapeutique [6,21]

Surveillance et prise en charge

  • La prise en charge est guidée par les symptômes et l’urgence clinique, et non par la valeur de la natrémie [18,19]
    • Identifier les symptômes neurologiques sévères et préciser si le début est aigu
    • Les symptômes sévères nécessitent un traitement en urgence par sérum salé hypertonique ; la restriction hydrique n’est pas l’intervention initiale
  • La question centrale pour le prescripteur est de savoir si l’antidépresseur peut être poursuivi, réduit, remplacé ou doit être arrêté en urgence.
  • Garder à l’esprit le principe fondamental : l’hyponatrémie associée aux antidépresseurs résulte généralement d’un excès d’eau libre et non d’un déficit sodé
    • Le sel seul ne corrige pas la rétention hydrique, et l’administration réflexe de sérum physiologique intraveineux peut aggraver un SIAD établi [19,21]

Surveillance

  • Aucune recommandation de l’APA, du CANMAT ou du NICE ne prescrit actuellement une surveillance systématique de la natrémie sous antidépresseurs ; ce qui suit synthétise le consensus d’experts [3,14,24]

Quand envisager une natrémie de référence

  • Obtenir une natrémie de référence avant d’initier ou d’augmenter un antidépresseur chez les patients présentant un risque significatif [1,3,14,16]
    • Antécédents d’hyponatrémie ou de SIAD
    • Âge avancé, notamment ≥65 ans
    • Natrémie de base basse ou à la limite inférieure de la normale
    • Faible poids corporel ou fragilité
    • Utilisation de thiazidiques ou de plusieurs médicaments associés à l’hyponatrémie
    • Cardiopathie, hépatopathie ou néphropathie significative
  • Envisager d’emblée un antidépresseur à moindre risque (mirtazapine ou bupropion) [5]
1NATRÉMIE DE RÉFÉRENCE
avant l’initiation / l’augmentation de dose
2CONTRÔLE PRÉCOCE
patients à haut risque
3SUIVI AU LONG COURS
selon les symptômes / à long terme
  • Natrémie de référence en cas de risque significatif : âge ≥65 ans, antécédents d’hyponatrémie/SIAD, natrémie de base basse, utilisation de thiazidiques, fragilité, polymédication impliquée, ou maladie d’organe
  • Chez les patients à risque, privilégier d’emblée un agent à moindre risque (mirtazapine, bupropion)
  • Haut risque : contrôle à environ 1–2 semaines après l’initiation ou une augmentation de dose significative
  • Puis à 4 semaines
  • Contrôle plus précoce si la natrémie de base est à la limite ou en cas d’apparition de symptômes
  • Contrôle selon les symptômes à tout moment : confusion, modification cognitive, instabilité, chutes, nausées, faiblesse, convulsion
  • Individualiser le suivi à long terme en cas de risque persistant ou d’épisodes antérieurs
  • Chute tardive de la natrémie → rechercher un nouveau facteur contributif, ne pas présumer qu’il s’agit d’un phénomène bénin
  • Fenêtre de risque précoce : [3,5,12,14]
    • Chez les patients à haut risque, généralement à environ 1–2 semaines après l’initiation ou une augmentation de dose significative, puis à 4 semaines
    • Contrôle plus précoce si la natrémie de base est à la limite ou en cas d’apparition de symptômes
  • Surveillance selon les symptômes et à long terme :
    • Contrôler la natrémie sans délai à tout moment en cas de nouvelles nausées, céphalées, confusion, modification cognitive, instabilité, chutes, faiblesse ou convulsion [3,18,19]
    • Individualiser la surveillance à long terme en cas d’épisodes antérieurs, de natrémie durablement basse, de médicaments interagissants en cours ou de comorbidité majeure
    • Lorsque l’hyponatrémie survient après une période prolongée de traitement stable, rechercher une nouvelle affection, un nouveau médicament, une modification des apports hydriques ou une alimentation hyposodée avant d’imputer la causalité au seul antidépresseur [12,25]

Hyponatrémie légère (Na 130–134 mmol/L, asymptomatique)

Diagramme : Médicament probablement causal · SIAD euvolémique confirmé · HYPONATRÉMIE LÉGÈRE STABLE Na 130–134 mmol/L · Absence de symptômes sévères · CONFIRMER ET ÉVALUER • Répéter la natrémie / confirmer l'hypotonicité • Examiner la trajectoire, la volémie et les causes • Identifier les médicaments substituables · RÉDUIRE OU SUBSTITUER Cas stables sélectionnés :
  • Confirmer la nature véritablement hypotonique de l’hyponatrémie et rechercher d’autres étiologies.
  • Lorsque l’antidépresseur est vraisemblablement en cause, les options comprennent la réduction de dose, le changement de molécule ou l’arrêt du traitement, en fonction de l’urgence psychiatrique et de l’évolution de la natrémie
  • Le consensus d’experts préconise une réduction de 25–50 % chez certains patients stables sélectionnés, avec contrôle de la natrémie à environ 1–4 semaines selon la valeur, les symptômes et la trajectoire [14]

Hyponatrémie modérée (Na 125–129 mmol/L, sans symptômes sévères)

Diagramme : SIAD euvolémique confirmé · Persistant / réfractaire · HYPONATRÉMIE MODÉRÉE Na 125–129 mmol/L · absence de symptômes sévères · RÉÉVALUATION MÉDICALE RAPIDE • Confirmer le SIAD hypotonique et la volémie • Si l'antidépresseur est une cause plausible : arrêter, ou réduire substantiellement / substituer · RESTRICTION HYDRIQUE La réponse est
  • Organiser une réévaluation médicale rapide.
  • Si l’antidépresseur est une cause plausible, l’arrêter en règle générale, ou procéder à une réduction substantielle ou à un changement de molécule selon le risque psychiatrique [14,19]
  • Confirmer l’hypotonicité et le statut volémique. En cas de SIAD euvolémique confirmé, la restriction hydrique peut être utilisée, mais la réponse est variable et la surveillance doit intervenir en quelques jours plutôt qu’après plusieurs semaines [18,19]
  • Les comprimés de sel, les diurétiques de l’anse ou l’urée orale doivent être individualisés et relèvent généralement d’une décision spécialisée [19,21]

Hyponatrémie sévère ou symptomatique (urgence)

Diagramme : SYMPTÔMES SÉVÈRES Convulsions · altération de la conscience confusion sévère · détresse respiratoire — urgence à toute valeur de natrémie · PRISE EN CHARGE EN URGENCE • Arrêter l'antidépresseur • Soluté salé hypertonique à 3 % selon le protocole local • Soins d'urgence / en unité de soins intensifs
  • Les symptômes sévères (convulsions, altération marquée de la conscience, confusion sévère ou delirium, détresse cardiorespiratoire) constituent une urgence médicale indépendamment de la valeur sodémique
  • Arrêter l’antidépresseur suspecté et orienter vers une prise en charge médicale urgente
    [18,19]
  • Le traitement de référence est le sérum salé hypertonique à 3 % selon le protocole d’urgence local [18,19]
  • L’équipe d’urgence procède à une correction prudente (généralement ne dépassant pas 10 mmol/L au cours des premières 24 heures) afin d’éviter une surcorrection et une démyélinisation osmotique [18]
  • Une hyponatrémie profonde (<125 mmol/L) sans symptômes sévères justifie néanmoins une évaluation urgente et une prise en charge étroitement surveillée, car une détérioration clinique comme une surcorrection restent possibles [18,19]

Relais thérapeutique après une hyponatrémie induite par un antidépresseur

  • Mirtazapine :
    • Les données comparatives les plus solides en faveur d’un risque moindre, mais la surveillance doit être maintenue chez les patients ayant présenté une hyponatrémie sévère antérieure [5,8,9]
  • Bupropion :
    • Alternative sérotoninergique réduite raisonnable en l’absence de contre-indication ; les données sont moins étendues que pour la mirtazapine [6,10]
  • Trazodone ou agomélatine :
    • Alternatives envisageables dans certains contextes sélectionnés, mais les données restent limitées ; ne pas les présenter comme équivalentes sur le plan des preuves. [5,10,11]
  • La réintroduction du médicament impliqué est généralement évitée après un épisode probant ou sévère lorsque des alternatives existent [2,14]
    • Une sensibilité croisée peut survenir ; le changement de classe thérapeutique réduit le risque sans toutefois l’éliminer
    • En cas de recours à un autre agent sérotoninergique, contrôler la natrémie au bilan initial et pendant la fenêtre de risque précoce

Références

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Objectifs d’apprentissage

À l’issue de cette activité, le participant sera en mesure de :

  1. Distinguer les mécanismes central (SIADH classique) et rénal (néphrogénique, NSIAD) de l’hyponatrémie associée aux antidépresseurs, et expliquer pourquoi l’affinité pour le transporteur de la sérotonine (SERT) constitue un signal mécanistique plutôt qu’un critère de classement validé en pratique clinique. Utiliser ces notions pour conseiller les patients en précisant que les SSRI et les SNRI augmentent clairement le risque, qu’aucun agent individuel ne peut être classé de manière fiable comme le plus dangereux d’une cohorte à l’autre, et que la mirtazapine présente les données les plus cohérentes en faveur d’un risque plus faible chez un patient prédisposé à l’hyponatrémie nécessitant un traitement.
  2. Identifier les patients présentant un risque significatif (âge avancé, antécédent d’hyponatrémie ou de SIAD, natrémie basale basse ou basse-normale, prise de thiazidiques, faible poids corporel ou fragilité, et association de plusieurs médicaments favorisant l’hyponatrémie) et mettre en place un plan de surveillance individualisé : obtenir une natrémie de référence avant d’instaurer ou d’augmenter un antidépresseur, la recontrôler durant la fenêtre de risque précoce (environ 1–2 semaines, puis vers 4 semaines) et chaque fois que des symptômes compatibles apparaissent, tout en reconnaissant qu’aucun score numérique de risque ni aucun calendrier fixe n’est validé et que le bilan électrolytique précoce n’a pas démontré de réduction des hospitalisations liées à l’hyponatrémie.
  3. Dissocier la sévérité biochimique (la valeur de la natrémie) de la sévérité clinique (les symptômes et leur vitesse d’installation), en reconnaissant que la fatigue, le ralentissement cognitif, l’instabilité à la marche et les chutes sont habituellement attribués à tort à la dépression ou au vieillissement. Élaborer une réponse thérapeutique guidée par les symptômes et l’acuité clinique : confirmer une véritable hyponatrémie hypotonique et réduire ou remplacer le médicament en cause (en réservant la restriction hydrique au SIAD euvolémique confirmé) dans les cas légers à modérés ; traiter les symptômes neurologiques sévères comme une urgence nécessitant une solution saline hypertonique selon le protocole local, indépendamment de la valeur de la natrémie ; et appliquer ensuite les précautions relatives à la substitution médicamenteuse et à la réintroduction.

Activité

Date de publication initiale: 22 juillet 2026
Date d’expiration: 22 juillet 2029
Expert: Sebastián Malleza, M.D.
Rédacteur médical: Flavio Guzmán, M.D.

Liens d’intérêts financiers pertinents:

Aucun des experts, planificateurs et relecteurs de cette activité éducative n’a de liens d’intérêts financiers pertinents à déclarer au cours des 24 derniers mois avec des sociétés non éligibles dont l’activité principale consiste à produire, commercialiser, vendre, revendre ou distribuer des produits de santé utilisés par ou sur des patients.

Instructions pour la participation et le crédit

Les participants doivent réaliser l’activité en ligne pendant la période de validité du crédit indiquée ci-dessus.
Suivez ces étapes pour obtenir un crédit CME :

  1. Consultez le contenu éducatif requis sur la page de ce cours.
  2. Complétez l’évaluation post-activité afin de fournir les retours nécessaires aux fins d’accréditation continue et au développement des activités futures. REMARQUE : compléter l’évaluation post-activité après le questionnaire est indispensable pour recevoir le crédit obtenu.
  3. Téléchargez votre certificat.

Veuillez noter que les dates d’achèvement des certificats CME et SA CME sont enregistrées en UTC. Selon votre fuseau horaire local, les activités terminées en fin de journée peuvent apparaître sur votre certificat à la date du jour suivant.

Coordonnées: Pour toute question concernant le contenu ou l’accès à cette activité, contactez-nous à support@psychopharmacologyinstitute.com

Accréditation

Médecins

Accreditation Statement:
This activity has been planned and implemented in accordance with the accreditation requirements and policies of the Accreditation Council for Continuing Medical Education through the joint providership of Medical Academy LLC and the Psychopharmacology Institute. Medical Academy is accredited by the ACCME to provide continuing medical education for physicians.

Déclaration d’accréditation (traduction de référence): Cette activité a été planifiée et mise en œuvre conformément aux exigences et politiques d’accréditation de l’Accreditation Council for Continuing Medical Education, dans le cadre de la coresponsabilité pédagogique de Medical Academy LLC et du Psychopharmacology Institute. Medical Academy est accréditée par l’ACCME pour proposer de la formation médicale continue aux médecins.

Credit Designation Statement:
Medical Academy designates this enduring activity for a maximum of 0.5 AMA PRA Category 1 credit(s)™. Physicians should claim only the credit commensurate with the extent of their participation in the activity.

Déclaration de désignation des crédits (traduction de référence): Medical Academy désigne cette activité pérenne pour un maximum de 0.5 AMA PRA Category 1 credit(s)™. Les médecins ne doivent réclamer que le crédit correspondant à l’étendue de leur participation à l’activité.

Professionnels infirmiers — L’ANCC reconnaît les crédits AMA PRA Category 1 Credit(s)™ comme des heures de contact, selon l’équivalence suivante : 1 CME = 1 heure de contact. L’ensemble de nos contenus relève de la psychopharmacologie ; les heures de pharmacologie figurant sur votre certificat correspondent donc aux crédits attribués pour cette activité. Le certificat les indique sur une ligne distincte, séparée de la déclaration de désignation des crédits. Cela s’applique également au renouvellement en pharmacologie pour les APRN. Les conseils en sciences infirmières définissent les CE en pharmacologie à leur manière ; veuillez donc confirmer auprès de votre conseil qu’il s’agit bien de la documentation qu’ils attendent.

Physician assistants — Le NCCPA accepte les AMA PRA Category 1 Credit™ délivrés par des prestataires accrédités par l’ACCME dans le cadre du maintien de la certification des PA. Les exigences sont définies par le NCCPA ; veuillez donc confirmer auprès de lui ce que votre cycle actuel requiert.

Médecins hors des États-Unis — Les crédits AMA PRA Category 1 Credit™ peuvent être attribués aux médecins quel que soit le pays dans lequel ils sont autorisés à exercer. Les médecins qui souhaitent convertir leurs crédits AMA PRA Category 1 Credit™ en crédits CME de l’UEMS-European Accreditation Council for Continuing Medical Education (ECMEC®s) doivent s’adresser à l’UEMS à l’adresse mutualrecognition@uems.eu. L’acceptation de ces crédits au titre d’une obligation nationale de formation médicale continue relève de l’autorité compétente de chaque pays.

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Des outils d’intelligence artificielle (IA) ont pu être utilisés à des étapes limitées du développement de cette activité (p. ex. rédaction ou amélioration du langage). L’outil spécifique, sa version et la date d’utilisation sont documentés en interne. L’IA est utilisée uniquement comme mécanisme de soutien éditorial et ne remplace pas l’expertise humaine. L’IA ne détermine pas les recommandations cliniques. L’ensemble du contenu est relu, vérifié et approuvé par les experts et rédacteurs médicaux mentionnés, et reflète un jugement clinique humain indépendant, conforme aux ACCME Standards for Integrity and Independence in Accredited Continuing Education.

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