En bref
La lumatépérone (Caplyta) est un antipsychotique de deuxième génération caractérisé par un puissant blocage des récepteurs 5-HT2A et une faible affinité pour les récepteurs D2. Ce profil pharmacologique explique ses effets quasi superposables au placebo sur les symptômes extrapyramidaux et l’akathisie, son absence d’impact sur la prolactine, ainsi que ses effets neutres sur le poids et les paramètres métaboliques. Ces caractéristiques en font une option thérapeutique pour les patients n’ayant pas toléré un antipsychotique antérieur [1–4]
La lumatépérone est approuvée par la FDA pour la schizophrénie, pour la dépression bipolaire I/II (en monothérapie et en association avec le lithium ou le valproate), ainsi qu’en thérapie d’appoint dans le trouble dépressif majeur (TDM) [1]
Ses limites comprennent la plus petite taille d’effet parmi les 24 antipsychotiques étudiés dans une récente méta-analyse portant sur la schizophrénie aiguë, une somnolence nettement supérieure à celle du placebo, et un prix — disponible uniquement sous forme de médicament de marque — avoisinant 20 900 dollars par an [1,4,5]
- Quand envisager la lumatépérone :
- En tant qu’antipsychotique de deuxième intention, choisi pour sa tolérance plutôt que pour son efficacité (voir Indications › Positionnement clinique) [4]
- Dépression bipolaire I ou II, en monothérapie ou en association avec le lithium ou le valproate [6,7]
- TDM avec réponse insuffisante à 1 ou 2 antidépresseurs, en augmentation [1]
- Classée première pour l’efficacité parmi les antipsychotiques en association dans deux méta-analyses en réseau, mais dernière pour l’acceptabilité dans celle qui l’a mesurée [10,11]
- Ces deux analyses reposent sur les mêmes deux essais, dont l’un a été financé par le fabricant (voir Indications › Positionnement clinique) [10,11]
- Envisager des alternatives lorsque :
- Le contrôle rapide et robuste d’une psychose aiguë avec agitation sévère est prioritaire
- Les agents à plus forte affinité pour D2 (olanzapine, rispéridone) peuvent permettre des réductions symptomatiques plus importantes à court terme [4]
- La sédation serait inacceptable (activité professionnelle à risque pour la sécurité, somnolence diurne avérée)
- La somnolence a été observée à un taux deux à six fois supérieur à celui du placebo dans les trois programmes d’essais [1]
- Un inducteur du CYP3A4 tel que la rifampicine, la carbamazépine ou la phénytoïne ne peut être évité [1,12]
- Une dose plus faible est souhaitée, comme chez les patients en premier épisode [13]
- Le coût ou l’accès au formulaire est déterminant
- Psychose associée à la démence : utilisation non approuvée ; l’avertissement encadré relatif à l’augmentation de la mortalité s’applique, comme pour tous les antipsychotiques [1]
- Le contrôle rapide et robuste d’une psychose aiguë avec agitation sévère est prioritaire
Pharmacodynamie et mécanisme d’action
- L’activité antipsychotique et antidépressive de la lumatépérone est attribuée à une combinaison d’antagonisme aux récepteurs 5-HT2A et d’agonisme partiel aux récepteurs dopaminergiques D2, associée à une inhibition du transporteur de la sérotonine [1]
- Le blocage sérotoninergique prédomine aux doses thérapeutiques : l’affinité pour les récepteurs 5-HT2A est environ 60 fois supérieure à celle pour les récepteurs D2 (Ki 0,54 nM contre 32 nM) [1]
-
L’occupation des récepteurs est l’explication proposée pour le profil clinique : priorité sérotoninergique, et occupation D2 insuffisante à la dose approuvée pour engendrer des effets moteurs ou sur la prolactine [1,2]
| Cible | Affinité | Action | Pertinence clinique |
|---|---|---|---|
| 5-HT2A | ●●●●● | Antagoniste | Cible principale ; >80 % d’occupation corticale après une dose unique de 7 mg (volontaires sains) |
| Dopamine D2 | ●●●○○ | Agoniste partiel | Faible occupation striatale (~39 %) ; effets extrapyramidaux et impact sur la prolactine quasi superposables au placebo dans les essais sur la schizophrénie |
| SERT | ●●●○○ | Inhibiteur | Contribution antidépressive supposée ; sur le plan clinique, peut s’ajouter aux effets indésirables des ISRS/IRSN (syndrome sérotoninergique, hyponatrémie) |
| α1A/α1B-adrénergique | ●●●○○ | Liaison uniquement (fonction non précisée) | L’hypotension orthostatique est la plus marquée en début de traitement |
| H1 et muscarinique | ●○○○○ | Liaison uniquement (fonction non précisée) | La faible liaison est la base proposée du profil pondéral et métabolique superposable au placebo |
Les niveaux d’affinité sont représentés selon les catégories propres à la notice : ●●●●● élevée, ●●●○○ modérée, ●○○○○ faible (inhibition inférieure à 50 % à 100 nM) ; les valeurs de Ki sous-jacentes sont : 5-HT2A 0,54 nM, D2 32 nM, SERT 33 nM et α1A/α1B 100 nM ou moins [1]
- La faible liaison aux cibles hors-cible est la base proposée de sa tolérance [1,2]
- La faible liaison aux récepteurs H1 et muscariniques est la raison avancée pour expliquer les variations pondérales et métaboliques à court terme superposables au placebo [1,2]
- Le mécanisme de la somnolence observée dans les essais n’a pas été établi ; la liaison aux récepteurs H1 étant négligeable, un mécanisme antihistaminique est peu probable [1,14]
- L’antagonisme des récepteurs 5-HT2A, qui favorise le sommeil à ondes lentes avec les antagonistes sélectifs 5-HT2A, et la liaison aux récepteurs α1-adrénergiques sont les mécanismes envisagés ; aucun n’a été directement étudié pour la lumatépérone [14]
- L’affinité muscarinique est faible, bien que la sécheresse buccale figure parmi les effets indésirables fréquents mentionnés dans la notice (voir Effets indésirables)
- Dans la méta-analyse en réseau sur la schizophrénie aiguë, les effets indésirables anticholinergiques de la lumatépérone n’étaient pas distinguables de ceux du placebo — sur la base de trois essais avec des intervalles larges —, et inférieurs aux taux observés avec la quétiapine et la clozapine [1,4]
- La faible liaison aux récepteurs H1 et muscariniques est la raison avancée pour expliquer les variations pondérales et métaboliques à court terme superposables au placebo [1,2]
Pharmacocinétique
Métabolisme
- Le CYP3A4 est la voie métabolique présentant des considérations cliniques [1]
- C’est la seule voie pour laquelle la notice impose une modification de dose ou une contre-indication
-
Aucun ajustement posologique n’est nécessaire avec les inhibiteurs de l’UGT, valproate inclus, bien que les métabolites glucuronidés représentent environ la moitié du matériel circulant lié au médicament [1]
-
In vitro, la lumatépérone présente peu ou pas d’inhibition ni d’induction des principales enzymes CYP et ne semble pas être un substrat de la P-gp ou de la BCRP [1]
- Elle est peu susceptible de modifier les taux des médicaments co-prescrits
Considérations relatives à la biodisponibilité et effet alimentaire
- La biodisponibilité orale absolue est faible (environ 4,4 %), ce qui est cohérent avec un effet de premier passage hépatique important ; Cmax atteinte en 1–2 heures [1]
- Peut être pris avec ou sans nourriture [1]
- Un repas riche en graisses réduit le pic d’environ un tiers et le retarde d’environ une heure sans modifier l’exposition totale (voir Formes pharmaceutiques) [1]
Demi-vie
- Demi-vie terminale d’environ 18 heures ; état d’équilibre atteint en environ 5 jours avec une administration orale une fois par jour [1]
- Aucune différence pharmacocinétique cliniquement significative selon l’âge, le sexe ou l’origine ethnique, bien que les essais d’efficacité aient inclus très peu de patients âgés de 65 ans ou plus [1]
Interactions médicamenteuses
Interactions pharmacocinétiques
- Inducteurs du CYP3A4 : à éviter, en tant que classe et pas seulement les inducteurs puissants ; la rifampicine a quasi totalement supprimé l’exposition, et la réponse de la notice est d’éviter cette association plutôt que d’augmenter la dose [1]
- Inhibiteurs du CYP3A4 : réduire la dose [1,15]
- L’itraconazole (puissant) a multiplié l’ASC par 3,8 ; le diltiazem (modéré) par 2,3
- Le jus de pamplemousse est considéré comme un inhibiteur puissant ou modéré selon la préparation ; la recommandation la plus simple est de l’éviter
- Aucun ajustement nécessaire [1]
- Inhibiteurs de l’UGT (probénécide, acide valproïque)
- Lorsque la lumatépérone est associée à des substrats du CYP3A4 (midazolam non affecté)
Interactions pharmacodynamiques
- Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine : surveiller, ne pas éviter [1]
- Son activité modérée sur le SERT peut s’ajouter aux réactions associées aux IRS (syndrome sérotoninergique, hyponatrémie), bien que les essais dans le trouble dépressif majeur n’aient pas mis en évidence d’interaction cliniquement significative avec les ISRS/IRSN en traitement adjuvant
- Les notifications post-commercialisation révèlent un signal de syndrome sérotoninergique dans une analyse de la base FAERS, mais pas dans une seconde (voir Effets indésirables › Considérations relatives à la tolérance) [16,17]
- Risque additif avec d’autres médicaments susceptibles de provoquer une somnolence ou une hypotension orthostatique, tels que les antihypertenseurs :
- Surveiller les constantes en position orthostatique en début de traitement et évaluer le risque de chute chez les patients vulnérables [1]
Formes pharmaceutiques
- Gélules : 42 mg, 21 mg, 10,5 mg [1]
- Posologie :
- 42 mg une fois par jour constitue la dose initiale, la dose cible et la dose maximale pour l’ensemble des trois indications [1]
- Aucune titration posologique n’est nécessaire
- Aucune dose de départ inférieure à 42 mg n’est approuvée
- Les dosages inférieurs sont prévus pour la réduction de dose, et non pour la titration [1]
- 21 mg en association avec un inhibiteur modéré du CYP3A4, ou en cas d’insuffisance hépatique modérée à sévère (Child-Pugh B ou C)
- 10,5 mg en association avec un inhibiteur puissant du CYP3A4
- La notice ne prévoit aucune réduction de dose en cas d’insuffisance rénale (voir Utilisation dans des populations particulières)
- À prendre avec ou sans nourriture [1]
- Une prise en soirée est la pratique habituelle et pourrait réduire la somnolence, sur la base de données indirectes [2,19]
- La prise avec un repas riche en graisses diminue la concentration maximale d’un tiers sans réduire l’exposition globale, et constitue un moyen raisonnable d’atténuer la somnolence [1,2,19]
- 42 mg une fois par jour constitue la dose initiale, la dose cible et la dose maximale pour l’ensemble des trois indications [1]
- Les implications d’une dose fixe
- Chaque patient débute d’emblée à la dose complète ; il convient donc de prévenir les patients de la possibilité de somnolence et de vertiges [1]
- Ces effets étaient majoritairement légers dans les essais pivots, et la prise en soirée constitue la réponse pratique à ce problème (la façon dont la dose fixe a influencé les données d’acceptabilité est abordée dans Indications › Positionnement clinique) [1,2]
- L’absence de tout dosage inférieur limite également son utilisation dans les situations où une dose plus faible serait préférable, notamment chez les patients en premier épisode, qui peuvent nécessiter des doses plus basses [13]
Indications
Positionnement clinique
- À considérer avant tout comme un antipsychotique de deuxième ligne, privilégié pour sa tolérance : moins d’effets indésirables que la plupart des autres, mais l’efficacité aiguë la plus faible parmi les 24 antipsychotiques comparés [4]
- Ce qui le recommande, c’est l’épargne métabolique, extrapyramidale et prolactinique, ainsi que la simplicité posologique — et non l’amplitude de son efficacité [1,4]
- La même méta-analyse en réseau suggère l’aripiprazole lorsque la tolérance est la préoccupation principale, car celui-ci conserve une efficacité intermédiaire
- La lumatépérone s’est classée bas sur le critère d’efficacité, même après ajustement pour la réponse placebo [4]
- Disponible uniquement sous forme de spécialité de marque, sans générique à aucun dosage, ce qui conforte son positionnement en deuxième ligne [5,20]
- Le plus pertinent lorsque le profil de tolérance est le facteur déterminant, dans la dépression bipolaire (y compris le trouble bipolaire de type II), ou en augmentation du traitement antidépresseur après une réponse insuffisante
- Préférer une alternative :
- Lorsqu’une efficacité antipsychotique maximale en phase aiguë est requise
- Lorsqu’un inducteur du CYP3A4 inévitable est co-prescrit
- Lorsque le coût ou l’accès au traitement pose problème
- La dose fixe de 42 mg détermine les données d’acceptabilité. Dans la méta-analyse en réseau portant sur l’augmentation dans le trouble dépressif majeur (TDM), la lumatépérone s’est classée première sur le critère d’efficacité, mais dernière pour l’arrêt du traitement toutes causes confondues [10]
- Ses essais ont utilisé une dose fixe unique de 42 mg, tandis que les comparateurs ont été étudiés à plusieurs doses fixes et flexibles ; tolérance et conception de l’étude sont donc en partie confondues. Les auteurs laissent ouverte la question de savoir si une phase d’introduction à 10,5–21 mg réduirait l’abandon précoce, et la notice recommande 42 mg sans titration [1,10]
- En pratique : prise en soirée, et information des patients sur la sédation, qui était majoritairement légère dans l’essai de phase 3 dans la schizophrénie [2]
Indications approuvées par la FDA
Schizophrénie (adultes)
- Approuvé pour le traitement de la schizophrénie chez l’adulte [1]
- Traitement d’entretien et prévention des rechutes : nouvelles données dans la notice, avril 2026 [1,22]
- La FDA a approuvé une demande complémentaire (sNDA) ajoutant des données de prévention des rechutes à la notice en avril 2026, annoncée le 27 avril [22]
- Ce qui a changé, c’est la nature des données figurant dans la notice, et non l’indication elle-même : les trois mêmes indications demeurent [1]
- La portée pratique est avant tout réglementaire et destinée aux payeurs, le traitement d’entretien étant déjà la pratique standard
- Les données reposent sur un essai de retrait randomisé : des patients stabilisés après 18 semaines de traitement en ouvert par lumatépérone ont été randomisés pour poursuivre 42 mg ou passer sous placebo ; la poursuite du traitement a retardé la rechute. Ce protocole démontre que la continuité du traitement est supérieure à son arrêt chez les patients qui y répondent bien, mais ne permet pas de comparaison avec un autre antipsychotique [1,22]
- La FDA a approuvé une demande complémentaire (sNDA) ajoutant des données de prévention des rechutes à la notice en avril 2026, annoncée le 27 avril [22]
- Comparaison avec les autres antipsychotiques dans la schizophrénie
- Efficacité : le plus faible effet sur la symptomatologie globale parmi les 24 antipsychotiques d’une méta-analyse en réseau sur la schizophrénie aiguë publiée en 2026, et faible même après ajustement pour la réponse placebo [4]
- Une méta-analyse en réseau distincte, publiée en 2025, n’a pas mis en évidence de différence significative sur le score PANSS par rapport au placebo [23]
- Tolérance : parmi les meilleures dans la même analyse [4]
- Efficacité : le plus faible effet sur la symptomatologie globale parmi les 24 antipsychotiques d’une méta-analyse en réseau sur la schizophrénie aiguë publiée en 2026, et faible même après ajustement pour la réponse placebo [4]
Dépression bipolaire de type I ou II (adultes)
- Approuvé pour les épisodes dépressifs associés au trouble bipolaire de type I ou II, en monothérapie et en thérapie adjuvante au lithium ou au valproate [1]
- Monothérapie (6 semaines) : l’essai positif a démontré une efficacité dans le trouble bipolaire de type I comme de type II, avec une taille d’effet modérée [6]
- Un second essai en monothérapie n’a pas démontré de supériorité par rapport au placebo à aucun des deux dosages ; ses auteurs attribuent cet échec à une réponse placebo élevée. En l’absence de comparateur actif, il est impossible de distinguer un essai en échec d’un essai négatif [9]
- En association au lithium ou au valproate (6 semaines) : un effet de moindre ampleur à 42 mg, et la dose de 28 mg n’a pas séparé du placebo sur le critère de jugement principal [1,7]
- Trouble bipolaire de type II spécifiquement : une analyse post hoc groupée des essais de phase tardive confirme un bénéfice dans ce groupe historiquement peu étudié [8]
- Durabilité : données d’extension en ouvert uniquement (6 mois après l’essai négatif en monothérapie, taux de complétion de 58 %, sans groupe contrôle), sans modification notable du poids, des paramètres métaboliques, de la prolactine ou des signes extrapyramidaux [24]
- Monothérapie (6 semaines) : l’essai positif a démontré une efficacité dans le trouble bipolaire de type I comme de type II, avec une taille d’effet modérée [6]
- Sa place parmi les alternatives dans la dépression bipolaire
- Efficacité : classée en deçà de la quétiapine et de la lurasidone pour la réponse dans une méta-analyse en réseau de 2024 portant sur les antipsychotiques approuvés par la FDA, et sans séparation du placebo sur la rémission [25]
- Une méta-analyse en réseau de 2026 a mis en évidence un faible effet sur les symptômes dépressifs dans son analyse à faible risque de biais, le plus faible parmi les molécules s’étant séparées du placebo ; aucun médicament n’a surpassé le placebo en termes de réponse ou de rémission [26]
- Tolérance : la prise de poids la plus faible de la classe, mais davantage de somnolence que le placebo et que la lurasidone [25]
- Dans l’ensemble, une option favorable sur le plan de la tolérance plutôt que la plus efficace, notamment en monothérapie et dans le trouble bipolaire de type II [6,25]
- Efficacité : classée en deçà de la quétiapine et de la lurasidone pour la réponse dans une méta-analyse en réseau de 2024 portant sur les antipsychotiques approuvés par la FDA, et sans séparation du placebo sur la rémission [25]
Traitement adjuvant du TDM (adultes), ajouté en novembre 2025
- Approuvé en thérapie adjuvante aux antidépresseurs dans le TDM chez l’adulte ; les essais d’enregistrement ont inclus des patients présentant une réponse insuffisante à un ou deux antidépresseurs antérieurs [1]
- Un effet modéré : les scores de dépression ont diminué de 4,5 à 5 points sur l’échelle MADRS de plus qu’avec le placebo à 6 semaines dans chacun des deux essais (tailles d’effet de 0,56 et 0,61) [1,27,28]
- En pratique, un répondeur supplémentaire pour 5 patients traités et une rémission supplémentaire pour 9 (NNT de 5 et 9 dans un essai, résultats similaires lors du regroupement des deux essais) [27,29]
- Premier en termes d’efficacité parmi les antipsychotiques adjuvants approuvés par la FDA dans deux méta-analyses en réseau, dont l’une financée par le fabricant [10,11]
- Celle qui a mesuré l’acceptabilité l’a classé en dernière position (voir Positionnement clinique) [10]
- Durabilité : données d’extension en ouvert uniquement, avec une amélioration continue et sans modification cardiométabolique notable sur 6 mois, sans groupe contrôle [30]
Utilisations hors AMM et utilisations émergentes
Dépression avec caractéristiques mixtes
- Non approuvé par la FDA, mais un essai randomisé portant sur une monothérapie à 42 mg a amélioré la dépression dans le TDM et dans la dépression bipolaire avec caractéristiques mixtes [31]
- Peut être envisagé comme une option émergente raisonnable pour les épisodes dépressifs avec caractéristiques mixtes (maniaques/hypomaniaques) subsyndromiques, dans les situations où la monothérapie par antidépresseur est problématique
Effets indésirables
La lumatépérone est généralement bien tolérée. Dans les essais réalisés à ce jour, le poids, la glycémie et les paramètres lipidiques sont restés au niveau du placebo, les effets extrapyramidaux et l’akathisie ont été proches du placebo, et la prolactinémie a été minimalement affectée [1,3,4]. Ces données sont à court terme et proviennent en grande partie d’essais financés par le promoteur ; il convient donc de considérer le profil « neutre sur le poids » comme le tableau actuel plutôt que comme une propriété définitivement établie. Les effets indésirables les plus fréquents sont la somnolence/sédation, les vertiges, la sécheresse buccale et les nausées [1]
Effets indésirables les plus fréquents
Neurologique/Psychiatrique
- Somnolence/sédation [1]
- Excès le plus important par rapport au placebo dans la schizophrénie et la dépression bipolaire ; dans le TDM en traitement adjuvant, les vertiges et la sécheresse buccale ont atteint ou dépassé ce niveau
- Schizophrénie : 24 % vs 10 % sous placebo ; dépression bipolaire : 13 % vs 3 % ; TDM en traitement adjuvant : 12 % vs 2 %
- La notice ne précise pas le moment d’administration dans la journée ; les essais dans les troubles de l’humeur ont administré le traitement le soir par protocole (voir Formes pharmaceutiques) [6,27,28]
- Profil de sédation dans la moyenne de la classe, contrairement au reste de son profil : deux méta-analyses en réseau placent cet effet à plus du double du placebo [4,23]
- Vertiges (dont posturaux) : schizophrénie 5 %, trouble bipolaire 8-11 %, TDM 17 % (vs 5 % sous placebo) [1]
- Hypotension orthostatique : 0,7 % vs 0 % dans la schizophrénie, aucun cas dans la dépression bipolaire, 6,6 % vs 6,2 % dans le TDM en traitement adjuvant ; surveiller les constantes orthostatiques à l’initiation chez les patients à risque d’hypotension [1]
- Céphalées (trouble bipolaire 14 % vs 8 % ; TDM 19 % vs 13 %) et fatigue (TDM 8 % vs 2 %) [1]
Gastro-intestinal
- Nausées (8-9 %), sécheresse buccale (5-13 %), vomissements, diarrhée : généralement légères à modérées dans l’essai qui a rapporté la sévérité [1,27]
- La sécheresse buccale survient malgré une faible affinité muscarinique ; la notice n’en précise pas le mécanisme [1]
- Élévation de la créatine phosphokinase (4 % vs 1 %) et des transaminases (2 % vs 1 %) dans les essais sur la schizophrénie [1]
Métabolique et endocrinien
- Poids : au niveau du placebo dans les essais, avec un résultat discordant
- La variation pondérale à court terme et la proportion de patients prenant ≥ 7 % de leur poids corporel étaient comparables au placebo dans les programmes sur la schizophrénie, le trouble bipolaire et le TDM [1,3]
- Les méta-analyses en réseau dans la schizophrénie aiguë, la dépression bipolaire et le TDM en traitement adjuvant concordent en plaçant la lumatépérone parmi les agents les moins susceptibles de provoquer une prise de poids au sein de la classe (sur la base d’un seul essai dans la dépression bipolaire et d’un critère exploratoire dans le TDM) [4,10,25]
- Les données en ouvert à long terme ont montré une perte de poids nette dans la schizophrénie (environ −3 kg à 1 an, dans une étude dont 38 % des patients ont complété le suivi) et une absence de variation dans la dépression bipolaire et le TDM sur 6 mois [1,33]
- Un résultat discordant : une méta-analyse en réseau de moindre envergure, portant uniquement sur les deux essais à court terme dans la schizophrénie, a rapporté un risque plus élevé de prise de poids ≥ 7 % ; son analyse principale retenait le bras à dose la plus élevée de chaque essai, soit dans un essai le double de la dose approuvée [23]
- Ce résultat est contrebalancé par les analyses plus larges mentionnées ci-dessus, mais mérite d’être connu avant de présenter la neutralité pondérale comme définitivement établie
- Glycémie et lipides
- Les variations à court terme de la glycémie à jeun, de l’insuline, du cholestérol et des triglycérides étaient comparables au placebo [1]
- La notice recommande néanmoins la surveillance de la glycémie à jeun et des lipides en début de traitement et périodiquement, ainsi que du poids en début de traitement et fréquemment, et signale des cas d’hyperglycémie [1]
- Dans l’essai en ouvert d’un an dans la schizophrénie, 8 % des patients ont présenté une élévation de la glycémie à jeun et 5 % de ceux ayant une HbA1c normale initiale ont atteint un taux de 6,5 % ou plus [1]
- La prévalence du syndrome métabolique est restée essentiellement inchangée dans les deux bras dans une analyse post hoc financée par le promoteur portant sur deux essais dans la dépression bipolaire, publiée sous forme de résumé de congrès [34]
- Prolactine
Moteurs (EPS et akathisie)
- Taux proches du placebo dans la majeure partie du programme [1]
- Schizophrénie : total des événements liés aux EPS 6,7 % vs 6,3 % sous placebo
- Dépression bipolaire : 1,3 % vs 1,1 % en monothérapie, 4 % vs 2,3 % en traitement adjuvant au lithium ou au valproate
- Akathisie/agitation dans le TDM en traitement adjuvant : ~1 % vs ~0,8 % sous placebo
- Mise en garde : dans les essais sur le TDM en traitement adjuvant, les événements EPS autres que l’akathisie étaient de 5 % vs 0,8 % sous placebo, principalement des tremblements (4 % vs moins de 1 %) ; dans l’essai qui a rapporté la survenue et la sévérité, la plupart des cas ont débuté au cours des 2 premières semaines et étaient majoritairement légers [1,27]
- L’akathisie elle-même est restée au niveau du placebo dans ces mêmes essais
- Interroger le patient sur les tremblements et la rigidité, et pas seulement sur l’agitation, lors d’une utilisation en adjuvant antidépresseur
Effets indésirables graves ou rares
Allongement de l’intervalle QT
- Minimal à dose thérapeutique : QTcF corrigé par rapport au placebo +4,9 ms à 42 mg [1]
- Un effet plus important (+15,8 ms) n’est apparu qu’à 3 fois la dose recommandée [1]
Mises en garde propres à la classe des antipsychotiques
- Le syndrome malin des neuroleptiques et la dyskinésie tardive demeurent des mises en garde de classe [1]
- Augmentation de la mortalité chez les patients âgés présentant une psychose liée à la démence (mise en garde encadrée) et événements cérébrovasculaires incluant les accidents vasculaires cérébraux dans cette même population (mise en garde) ; non approuvé pour cet usage [1]
- Des cas de leucopénie et de neutropénie ont été rapportés avec la lumatépérone [1]
- Surveiller la numération formule sanguine (NFS) au cours des premiers mois chez les patients présentant une leucopénie/neutropénie (faible taux de globules blancs/PNN) ou des antécédents de leucopénie médicamenteuse
- Arrêter le traitement si le PNN descend en dessous de 1 000/mm³ [1]
Idées et comportements suicidaires (mise en garde encadrée)
- Conformément à la mise en garde encadrée applicable à la classe des antidépresseurs : risque accru d’idées et de comportements suicidaires chez les patients de moins de 25 ans [1]
- Surveiller étroitement le patient lors de l’initiation du traitement et lors des modifications de dose
Considérations sur la tolérance
- Aucun effet indésirable isolé n’a conduit à l’arrêt du traitement chez plus de 2 % des patients, quel que soit le programme [1]
- Dans le TDM en traitement adjuvant, toutefois, davantage de patients ont arrêté le traitement pour effets indésirables que sous placebo, ce qui est cohérent avec sa dernière position en termes d’acceptabilité parmi les antipsychotiques adjuvants (voir Indications › Positionnement clinique) [10,27,28,35]
- Les notifications post-commercialisation transmises à la FDA font état d’un signalement disproportionné de manie et d’hypomanie, de syndrome sérotoninergique, de somnolence, de dyskinésie tardive et de syndrome malin des neuroleptiques
- Il s’agit de signaux de pharmacovigilance sans dénominateur, et non de données d’incidence, mais à connaître dans le contexte d’une dépression bipolaire et lorsqu’un ISRS ou un IRSN est associé ; une seconde analyse FAERS plus étendue n’a pas reproduit le signal relatif au syndrome sérotoninergique [16,17]
Utilisation dans des populations particulières
Grossesse
- Les données humaines spécifiques à la lumatépérone pendant la grossesse se limitent à des cas cliniques isolés, insuffisants pour établir un risque de malformations congénitales, de fausse couche ou d’issues maternelles ou fœtales défavorables [1]
- Les données disponibles à l’échelle de la classe médicamenteuse ne permettent pas de qualifier les antipsychotiques de tératogènes majeurs : une méta-analyse de 2026 portant sur plus de 10 millions de grossesses a mis en évidence une augmentation limite et non significative des malformations congénitales toutes confondues, et aucune augmentation avec les agents de deuxième génération en tant que classe [36]
- La naissance prématurée est le seul critère qui s’est démarqué, avec une hétérogénéité modérée à élevée ; un biais de confusion lié à la sévérité de la maladie est difficile à exclure, et aucun de ces éléments n’est spécifique à la lumatépérone [36]
- Une exposition au troisième trimestre expose le nouveau-né à un risque de symptômes extrapyramidaux et/ou de sevrage ; surveiller le nouveau-né et prendre en charge les symptômes au fur et à mesure de leur apparition [1]
- Données animales : aucune malformation observée chez le rat ou le lapin à des doses multiples de la dose humaine maximale ; le seul signal détecté dans la plage clinique est une réduction du nombre de nouveau-nés vivants à environ deux fois cette dose [1]
- La prise en charge doit reposer sur une décision partagée, en mettant en balance les risques liés à la maladie non traitée (rechute, hospitalisation, risque suicidaire) et ces signaux [1,36]
Allaitement
- Faible transfert dans le lait maternel [1]
- La dose quotidienne estimée pour le nourrisson est de 0,0004 mg/kg/jour, soit une dose infantile relative de 0,06 %, bien en deçà du seuil de 10 % conventionnellement considéré comme compatible avec l’allaitement [1,37]
- Les principaux métabolites circulants ont été détectés dans le lait en quantités tout aussi faibles ; les métabolites aniliniques étaient en dessous des seuils de quantification dans le lait et dans le plasma maternel
- Il n’existe à ce jour aucune donnée sur les effets chez le nourrisson allaité ni sur la production lactée [1]
Femmes et hommes en âge de procréer
- Des données animales suggèrent que la lumatépérone pourrait altérer la fertilité dans les deux sexes [1]
- La notice ne cite que des données animales et ne rapporte aucune donnée de fertilité chez l’être humain [1]
Insuffisance hépatique
- Légère (Child-Pugh A) : aucun ajustement posologique [1]
- Modérée ou sévère (Child-Pugh B ou C) : réduire la dose à 21 mg une fois par jour [1]
Insuffisance rénale
- La notice ne préconise aucun ajustement posologique en cas d’insuffisance rénale et ne traite pas du cas de la dialyse [1]
Personnes âgées
- Aucun ajustement posologique spécifique, mais les données probantes restent limitées [1]
- L’avertissement encadré relatif à la surmortalité chez les personnes âgées atteintes de psychose liée à la démence s’applique, et la lumatépérone n’est pas approuvée pour cette indication [1]
- Le risque de dyskinésie tardive est le plus élevé chez les personnes âgées, en particulier chez les femmes âgées [1]
- Surveiller l’apparition d’une hyponatrémie en cas d’association avec un inhibiteur de la recapture de la sérotonine [1]
Noms commerciaux
- États-Unis : Caplyta [1]
- Marque uniquement : cinq demandes de génériques bénéficient d’une approbation provisoire de la FDA, qui n’autorise pas la commercialisation ; l’accord de règlement de brevet de janvier 2025 conclu avec l’un des demandeurs permet à celui-ci de commercialiser un générique à partir de juillet 2040, ou plus tôt dans certaines circonstances [18,20,38]
- Canada : non approuvé à ce jour [39]
- Autres pays/régions :
- Argentine : Neuronovo 42 (Bagó), 42 mg uniquement, approuvé pour la schizophrénie et la dépression bipolaire, mais non approuvé en traitement adjuvant du trouble dépressif majeur [40,41]
- Inde : approuvé par la CDSCO en décembre 2024 pour la dépression bipolaire uniquement (Sun Pharma, gélules de 42 mg), à la suite d’une recommandation du comité d’experts en octobre 2024 [42,43]
- Aucune autorisation de mise sur le marché n’a été recensée dans les registres de l’EMA (UE), du Royaume-Uni, de l’Australie, du Japon ou de la Corée au 30 septembre 2026 [44–49]
Références
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