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03. Pramipexole pour la dépression anhédonique : un rapport bénéfice-risque favorable ?

Publié le 28 octobre 2026 Date d'expiration de la certification : 28 octobre 2029

James Phelps, M.D.

Research Editor - Psychopharmacology Institute

Points clés

  • L’augmentation par pramipexole s’est révélée supérieure au placebo sur l’anhédonie, avec une taille d’effet de 0,6. Cela correspond à une différence de 4 points sur l’échelle de plaisir de Snaith-Hamilton (SHAPS).
  • Avec votre patient, mettez en balance le bénéfice probablement modeste du pramipexole et les avertissements de la FDA concernant les accès de sommeil soudains, l’impulsivité et un sevrage potentiellement sévère.
  • Avant d’ajouter du pramipexole, demandez-vous si l’anhédonie pourrait être un émoussement émotionnel induit par l’antidépresseur actuel du patient. Envisagez d’abord des options d’augmentation plus simples, notamment le lithium à faible dose, la vérification du statut thyroïdien et la psychothérapie.

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Pramipexole pour la dépression anhédonique

L’anhédonie, l’incapacité à éprouver du plaisir. Une vie sans plaisir constituerait assurément une cible clinique légitime. Parmi les symptômes résiduels de la dépression traitée, l’anhédonie est particulièrement invalidante, associée à une altération fonctionnelle et à un risque suicidaire accru.

Examinons un essai randomisé mené chez des patients présentant une anhédonie marquée, dans lequel le pramipexole s’est révélé supérieur au placebo, avec une taille d’effet substantielle de 0,6. Cette étude illustre bien le cas où approfondir les détails peut conduire à une conclusion différente de celle que l’on tirerait d’une simple lecture du résumé ou d’un résultat résumé en une ligne.

Venons-en donc aux questions habituelles. Qui sont les participants, et ressemblent-ils à vos patients chez qui vous pourriez envisager le pramipexole ? Comment l’anhédonie a-t-elle été mesurée, et l’ampleur de l’amélioration était-elle cliniquement, et pas seulement statistiquement, pertinente ?

Enfin, quels sont les effets secondaires et risques potentiels à mettre en balance avec les bénéfices apparents ? Allons-y, et accrochez-vous. Je pense que les détails en valent la peine.

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Un échantillon suédois résistant au traitement

Commençons par les participants de cette étude suédoise. Sur les 82 patients, environ 60 % présentaient un diagnostic de trouble dépressif majeur et 40 % de dysthymie. L’étude était ouverte aux personnes atteintes de trouble bipolaire, mais seules deux portaient ce diagnostic, bien que 12 % prenaient un thymorégulateur.

Cela pourrait refléter l’hésitation habituelle à évoquer une étiquette bipolaire en l’absence de diagnostic formel, étant donné que l’anhédonie est considérée comme un marqueur bipolaire discret. Pour comparer davantage avec vos patients, 100 % prenaient un antidépresseur, certains plus d’un. Il s’agit donc d’une étude d’augmentation antidépressive, un domaine où les candidats ne manquent pas aujourd’hui.

N’oublions pas le modeste lithium à faible dose, et la vérification du statut thyroïdien. Et peut-être même l’huile de poisson, si vous souhaitez gagner du temps en vue d’une activation comportementale ou d’une autre psychothérapie brève. C’est un excellent placebo pour certains patients, et son efficacité dans les essais cliniques est suffisante pour en faire une suggestion éthiquement défendable.

Revenons en Suède. Les patients de cette étude seraient généralement considérés comme résistants au traitement, avec en moyenne quatre pharmacothérapies antérieures et, fait intéressant, moins de 5 % suivant une forme de psychothérapie. Par ailleurs, 10 % avaient reçu une électroconvulsivothérapie et 10 % avaient fait une tentative de suicide antérieure.

Un échantillon difficile pour observer une amélioration, et probablement moins susceptible de montrer de fortes améliorations sous placebo. Voyons cela.

Mesurer l’anhédonie avec la SHAPS

Le critère de jugement principal était la variation du score à l’échelle de plaisir de Snaith-Hamilton (SHAPS). Cette échelle comporte 14 items, tels que :

  • J’apprécierais la lecture d’un livre
  • J’apprécierais un beau paysage ou une belle vue
  • J’éprouverais du plaisir à aider les autres

Et ainsi de suite. Ces items sont cotés sur une échelle de 1 à 4, où 4 signifie « tout à fait en désaccord ». Ainsi, des scores élevés sont mauvais et une baisse des scores est bonne.

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Un avantage de quatre points par rapport au placebo

Au cours de l’essai, les scores SHAPS du groupe pramipexole sont passés de 41 à 35, soit une baisse de 6 points, tandis que ceux du groupe placebo sont passés de 39 à 37, soit une baisse de 2 points. On obtient donc une différence de 4 points sur une échelle allant de 14 à 56, suffisante pour une taille d’effet de 0,6.

Rappelons que, pour les tailles d’effet, 1,0 est considéré comme grand, 0,5 comme moyen, et 0,3 comme généralement faible, mais probablement encore perceptible sur le plan clinique.

À quoi ressemble un effet cliniquement perceptible sur la SHAPS ? Il n’existe pas de différence minimale cliniquement importante consensuelle pour cette échelle, il faut donc raisonner. Une baisse de 6 points signifie qu’en moyenne, le groupe pramipexole a coté 6 des 14 items à 3 au lieu de 4, ou 3 des items à 2 au lieu de 4.

Cette échelle m’est peu familière, mais à première vue, cela ne semble pas représenter grand-chose. Cela pourrait tout de même en valoir la peine, si les risques et effets secondaires ne sont pas trop importants. Voyons cela.

Des doses élevées associées à des taux élevés d’effets indésirables

La dose moyenne de pramipexole dans cette étude était de 3,5 mg. C’est considérable. Cela se situe dans la fourchette haute des doses utilisées dans le traitement de la maladie de Parkinson, où la fourchette posologique est de 1,5 à 4,5 mg, soit une fourchette littéralement 10 fois supérieure à celle utilisée pour le traitement du syndrome des jambes sans repos.

Comme la plupart des effets secondaires du pramipexole sont dose-dépendants, il n’est pas surprenant que de nombreux problèmes aient été observés :

  • Troubles du sommeil, englobant à la fois la somnolence diurne et l’insomnie nocturne : 72 % dans le groupe pramipexole contre 33 % sous placebo
  • Nausées : 60 % contre 14 %
  • Vertiges : 32 % contre 5 %

Ajoutons maintenant les avertissements figurant sur l’étiquetage du médicament de la Food and Drug Administration (FDA) américaine :

  • Risque d’accès de sommeil soudains, y compris en conduisant
  • Impulsivité, telle que jeu pathologique, hypersexualité, dépenses compulsives et hyperphagie boulimique
  • Un syndrome de sevrage des agonistes dopaminergiques, avec apathie, anxiété, dépression, fatigue, insomnie et douleur à l’arrêt ou à la réduction de la dose, pouvant, selon l’étiquetage FDA, être sévère

Si je peux me permettre un commentaire éditorial : le lithium à faible dose, quelqu’un ?

Pour être honnête, je dois préciser qu’un suivi en ouvert a été proposé, et que 54 des 82 patients l’ont poursuivi. Mais cela inclut des patients passant du placebo au traitement actif dans l’espoir d’un bénéfice. Et rappelez-vous, contrairement à l’ensemble de vos patients susceptibles de justifier une stratégie d’augmentation, ces patients avaient été sélectionnés en raison de leurs scores d’anhédonie élevés.

Ainsi, pour un patient présentant une perte substantielle de la capacité à éprouver du plaisir, une amélioration potentielle, bien que probablement modeste, vaut-elle les risques et les effets secondaires probables ? C’est à vous d’en décider, avec votre patient.

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Envisager un émoussement émotionnel induit par l’antidépresseur

Avant de conclure, une question évidente s’impose. L’anhédonie de votre patient pourrait-elle être un émoussement émotionnel lié à l’antidépresseur qu’il prend déjà ?

L’incidence de ce phénomène reste débattue, allant, selon les revues récentes, de 5 % à 50 %, voire davantage spécifiquement avec les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine.

Mais dans l’ensemble, il ne semble plus guère faire de doute qu’il s’agit là d’une préoccupation réelle. Et les implications thérapeutiques, si l’anhédonie peut être en partie iatrogène, sont évidentes.

L’anhédonie pourrait être un trait, pas un état

Et enfin, une mise en garde. Bien que les critères diagnostiques considèrent l’anhédonie comme un symptôme, certaines données suggèrent qu’elle pourrait en réalité relever davantage du patient que de la dépression elle-même, un trait plutôt qu’un état, si l’on veut. D’autres études ont observé qu’après rémission de la dépression, l’anhédonie persiste souvent.

Chez ces patients, les études d’imagerie fonctionnelle montrent une activation diminuée des circuits liés à la récompense, notamment le striatum ventral. C’est pourquoi un sous-groupe consentant de patients de cet essai suédois a bénéficié d’études en imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), qui ont montré une activité liée à la récompense préservée dans le groupe pramipexole, comparativement à une activité diminuée du striatum ventral dans le groupe placebo.

Mais si cette activité diminuée constitue un trait, et non un état lié à la dépression, alors nous entrons dans le territoire d’une tentative de modification de la personnalité du patient, et non plus simplement du traitement de sa dépression. Ce n’est certes pas un territoire inconnu, mais nous devrions rester attentifs à ce que nous proposons et tentons réellement.

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Abstract

Résumé de l’article original, reproduit en anglais.

Efficacy and target engagement of dopamine agonist pramipexole for anhedonic depression: a randomized placebo-controlled trial

Filip Ventorp; Marie Asp; Sofia Olsson, et al

Anhedonia is a core and disabling symptom of mood disorders with limited treatment options. We evaluated the efficacy and safety of the dopamine agonist pramipexole in patients with mood disorders characterized by clinically significant anhedonia. In this single-center, randomized, double-blind, placebo-controlled trial, adults with major depressive disorder, dysthymia or bipolar depression and elevated Snaith-Hamilton Pleasure Scale (SHAPS) scores were assigned (1:1) to flexible dose, once-daily oral pramipexole as add-on treatment or placebo for 9 weeks. The primary outcome was change in SHAPS score from baseline to week 9. Analyses were conducted in the modified intention-to-treat population. Eighty-five participants were randomized, and 82 were included in the analysis. The primary outcome was met: pramipexole was associated with a greater reduction in SHAPS scores compared to placebo (mean difference: -4.04, 95% confidence interval: -6.89 to -1.18, P = 0.006, Hedges’ g = 0.62). Exploratory analyses indicated that pramipexole was associated with increased light physical activity and relative preservation of reward-related ventral striatal activation. Improvements in anhedonia were sustained during a 6-month open-label extension. Pramipexole was generally well tolerated compared to placebo. Pramipexole significantly improved anhedonia and showed a favorable safety profile, supporting its potential as an augmentation strategy in mood disorders. ClinicalTrials.gov identifiers: NCT05355337 and NCT05825235 .

Référence

Ventorp, F.; Asp, M.; Olsson, S.; Lindahl, J.; Möller, S.; Svensson, M. et al. (2026). Efficacy and target engagement of dopamine agonist pramipexole for anhedonic depression: a randomized placebo-controlled trial. Nat Med; 32(7):2570-2578.

Objectifs d’apprentissage

À l’issue de cette activité, le participant sera en mesure de :

  1. Décrire l’association entre l’arrêt des antipsychotiques avant ou pendant la grossesse et la survenue d’une rechute sévère dans les troubles psychotiques et bipolaires, et en tenir compte lors du conseil aux patientes enceintes ou envisageant une grossesse.
  2. Résumer la première recommandation de pratique clinique sur la dyslipidémie associée aux antipsychotiques, et évaluer comment la prise en charge des lipides pourrait être partagée avec les médecins de premier recours dans son propre contexte d’exercice.
  3. Évaluer les données probantes concernant l’augmentation par pramipexole dans la dépression résistante au traitement avec anhédonie, en mettant en balance l’amélioration modeste sur l’échelle Snaith-Hamilton Pleasure Scale et les effets indésirables dose-dépendants ainsi que les mises en garde figurant sur l’étiquetage de la FDA.
  4. Comparer les risques de démence, de tentative de suicide et d’insuffisance rénale terminale associés au lithium par rapport au valproate chez les patients âgés atteints de trouble bipolaire, et déterminer comment ces résultats peuvent orienter le choix du traitement.
  5. Décrire l’association entre la consommation de café ou de thé caféinés et le risque de démence dans une large cohorte prospective, et conseiller les patients sur la caféine et l’entraînement cognitif en tant que mesures potentielles à faible risque.

Activité

Date de publication initiale: 28 octobre 2026
Date d’expiration: 28 octobre 2029
Experts: Oliver Freudenreich, M.D., F.A.C.L.P., Amanda Koire, M.D., Ph.D., James Phelps, M.D., Paul Zarkowski, M.D. et Scott R. Beach, M.D.
Rédacteurs médicaux: Sebastián Malleza, M.D. et Flavio Guzmán, M.D.

Liens d’intérêts financiers pertinents:

Oliver Freudenreich, M.D., F.A.C.L.P. déclare les liens d’intérêts suivants :
– Karuna: Researcher (MGH)
– Medscape: Speaker honorarium
– Wolters-Kluwer: Royalties for medical writing

James Phelps, M.D. déclare les liens d’intérêts suivants :
– McGraw-Hill: Published books about bipolar
– W.W. Norton & Co.: Published books about bipolar
– PESI: Honoraria for webinars about bipolar
– eCare: Honoraria for webinars about bipolar

Tous les liens d’intérêts financiers pertinents mentionnés ci-dessus ont été atténués par Medical Academy et le Psychopharmacology Institute.

Aucun des autres experts, planificateurs et relecteurs de cette activité éducative n’a de liens d’intérêts financiers pertinents à déclarer au cours des 24 derniers mois avec des sociétés non éligibles dont l’activité principale consiste à produire, commercialiser, vendre, revendre ou distribuer des produits de santé utilisés par ou sur des patients.

Instructions pour la participation et le crédit

Les participants doivent réaliser l’activité en ligne pendant la période de validité du crédit indiquée ci-dessus.
Suivez ces étapes pour obtenir un crédit CME :

  1. Consultez le contenu éducatif requis sur la page de ce cours.
  2. Complétez l’évaluation post-activité afin de fournir les retours nécessaires aux fins d’accréditation continue et au développement des activités futures. REMARQUE : compléter l’évaluation post-activité après le questionnaire est indispensable pour recevoir le crédit obtenu.
  3. Téléchargez votre certificat.

Veuillez noter que les dates d’achèvement des certificats CME et SA CME sont enregistrées en UTC. Selon votre fuseau horaire local, les activités terminées en fin de journée peuvent apparaître sur votre certificat à la date du jour suivant.

Coordonnées: Pour toute question concernant le contenu ou l’accès à cette activité, contactez-nous à support@psychopharmacologyinstitute.com

Accréditation

Médecins

Accreditation Statement:
This activity has been planned and implemented in accordance with the accreditation requirements and policies of the Accreditation Council for Continuing Medical Education through the joint providership of Medical Academy LLC and the Psychopharmacology Institute. Medical Academy is accredited by the ACCME to provide continuing medical education for physicians.

Déclaration d’accréditation (traduction de référence): Cette activité a été planifiée et mise en œuvre conformément aux exigences et politiques d’accréditation de l’Accreditation Council for Continuing Medical Education, dans le cadre de la coresponsabilité pédagogique de Medical Academy LLC et du Psychopharmacology Institute. Medical Academy est accréditée par l’ACCME pour proposer de la formation médicale continue aux médecins.

Credit Designation Statement:
Medical Academy designates this enduring activity for a maximum of 0.75 AMA PRA Category 1 credit(s)™. Physicians should claim only the credit commensurate with the extent of their participation in the activity.

Déclaration de désignation des crédits (traduction de référence): Medical Academy désigne cette activité pérenne pour un maximum de 0.75 AMA PRA Category 1 credit(s)™. Les médecins ne doivent réclamer que le crédit correspondant à l’étendue de leur participation à l’activité.

Professionnels infirmiers — L’ANCC reconnaît les crédits AMA PRA Category 1 Credit(s)™ comme des heures de contact, selon l’équivalence suivante : 1 CME = 1 heure de contact. L’ensemble de nos contenus relève de la psychopharmacologie ; les heures de pharmacologie figurant sur votre certificat correspondent donc aux crédits attribués pour cette activité. Le certificat les indique sur une ligne distincte, séparée de la déclaration de désignation des crédits. Cela s’applique également au renouvellement en pharmacologie pour les APRN. Les conseils en sciences infirmières définissent les CE en pharmacologie à leur manière ; veuillez donc confirmer auprès de votre conseil qu’il s’agit bien de la documentation qu’ils attendent.

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