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07. Lamotrigine pour la dépression bipolaire

Publié le 1 janvier 2026 Date d'expiration de la certification : 1 janvier 2029 DOI: 10.64239/PI-FR-VL10007

Chris Aiken, M.D.

Assistant Professor of Psychiatry - NYU and WFU Schools of Medicine - Carlat Psychiatry Report

Points clés

  • Procéder à une titration lente de la lamotrigine pour minimiser le risque d’éruption cutanée, et envisager une prise matinale afin d’éviter les perturbations du sommeil. En cas d’éruption cutanée survenant dans les deux premiers mois, interrompre immédiatement la lamotrigine.
  • Lors de l’arrêt de la lamotrigine en raison d’une éruption cutanée bénigne, une retitration très progressive débutant à 5 mg par jour peut être envisagée chez les patients qui en tirent un bénéfice singulier.
  • La lamotrigine présente des effets synergiques en association avec le lithium, avec de meilleures réponses cliniques qu’avec chacun des médicaments pris isolément.

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Diapositives et transcription

Diapositive 1 sur 17

Bienvenue dans ce module sur la lamotrigine dans la dépression bipolaire.
Références :
  • Chris Aiken, M.D.

Diapositive 2 sur 17

Lorsque ce médicament a été introduit dans les années 1990 pour le traitement des crises d’épilepsie, il a failli être retiré du marché, car un patient sur dix développait des éruptions cutanées sévères. Le laboratoire pharmaceutique a découvert qu’il était possible de minimiser ce risque en augmentant la dose très progressivement. Des recommandations de titration lente ont donc été élaborées, et c’est la première chose à retenir concernant la lamotrigine : ne jamais s’écarter de ces recommandations, car l’éruption cutanée associée, le syndrome de Stevens-Johnson, peut être fatale et survenir fréquemment si la dose est augmentée trop rapidement.
Références :
  • Parker, G., & McCraw, S. (2015). The 'disconnect' between initial judgments of lamotrigine vs. its real-world effectiveness in managing bipolar disorder. A tale with wider ramifications. Acta Psychiatrica Scandinavica, 132(5), 345–354. https://doi.org/10.1111/acps.12427
  • Guberman, A. H., Besag, F. M., Brodie, M. J., Dooley, J. M., Duchowny, M. S., Pellock, J. M., Richens, A., Stern, R. S., & Trevathan, E. (1999). Lamotrigine-associated rash: Risk/benefit considerations in adults and children. Epilepsia, 40(7), 985-991. https://doi.org/10.1111/j.1528-1157.1999.tb00807.x
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Diapositive 3 sur 17

La règle générale est de commencer à 25 mg par jour pendant deux semaines, puis de passer à 50 mg par jour pendant deux semaines, puis à 100 mg par jour, en augmentant ensuite la dose environ toutes les semaines. La plage thérapeutique se situe entre 50 et 200 mg pour la dépression. Je préfère administrer la dose totale le matin, car la lamotrigine peut légèrement perturber le sommeil.
Références :
  • Aiken, C. (2021, March 11). How to minimize lamotrigine's adverse effects. Psychiatric Times. https://tinyurl.com/5n97w665
  • Haenen, N., Kamperman, A. M., Prodan, A., Nolen, W. A., Boks, M. P., & Wesseloo, R. (2024). The efficacy of lamotrigine in bipolar disorder: A systematic review and meta-analysis. Bipolar Disorders, 26(5), 431–441. https://doi.org/10.1111/bdi.13452

Diapositive 4 sur 17

Il est impératif d’arrêter la lamotrigine si le patient développe une éruption cutanée, quelle qu’elle soit, au cours des deux premiers mois de traitement. Les éruptions cutanées sont assez fréquentes avec ce médicament : environ un patient sur dix présente une éruption bénigne, même avec cette titration lente. Malheureusement, nous sommes donc souvent amenés à interrompre le traitement.
Références :
  • Aiken, C. (2021, March 11). How to minimize lamotrigine's adverse effects. Psychiatric Times. https://tinyurl.com/5n97w665
  • Parker, G., & McCraw, S. (2015). The 'disconnect' between initial judgments of lamotrigine vs. its real-world effectiveness in managing bipolar disorder. A tale with wider ramifications. Acta Psychiatrica Scandinavica, 132(5), 345–354. https://doi.org/10.1111/acps.12427
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Diapositive 5 sur 17

Il arrive que certains patients ne répondent qu’à la lamotrigine et nous disent qu’ils ne souhaitent pas l’arrêter, car c’est le seul traitement qui ait soulagé leur dépression. Dans ce cas, une nouvelle titration est envisageable. Une dizaine d’études portant sur plus de 100 patients ont exploré cette approche, en utilisant une titration très lente débutant à 5 mg par jour et augmentant de 5 mg toutes les deux semaines. Il faut donc environ trois mois pour atteindre une dose thérapeutique. Cette option reste rare, mais elle est appropriée pour certains patients n’ayant pas présenté d’éruption sévère lors du premier traitement.
Références :
  • Aiken, C. (2021, March 11). How to minimize lamotrigine's adverse effects. Psychiatric Times. https://tinyurl.com/5n97w665
  • Aiken, C. B., & Orr, C. (2010). Rechallenge with lamotrigine after a rash: a prospective case series and review of the literature. Psychiatry, 7(5), 27-32.

Diapositive 6 sur 17

À quoi ressemble une éruption sévère sous lamotrigine ? Elle se manifeste par des cloques cutanées. Elle est surélevée, donc non plane. Elle touche le visage ou les muqueuses, c’est-à-dire la bouche, les yeux et les organes génitaux. Elle atteint également les paumes des mains ou les plantes des pieds, ainsi que les lèvres et la bouche. Une éruption médicamenteuse classique apparaît sur le thorax, est plane et ressemble à de la dentelle. En revanche, une éruption sévère sous lamotrigine est surélevée, bosselée, vésiculeuse, touche différentes parties du corps et s’accompagne de signes généraux tels que malaise, fièvre ou adénopathies.
Références :
  • Aiken, C. (2021, March 11). How to minimize lamotrigine's adverse effects. Psychiatric Times. https://tinyurl.com/5n97w665
  • Aiken, C. B., & Orr, C. (2010). Rechallenge with lamotrigine after a rash: a prospective case series and review of the literature. Psychiatry, 7(5), 27-32.
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Diapositive 7 sur 17

En cas d’éruption sévère, il convient d’orienter rapidement le patient vers une prise en charge médicale, qui implique généralement une cure de prednisone en dégression afin de réduire rapidement l’inflammation. Ces éruptions sont des réactions allergiques et inflammatoires. Si une nouvelle titration de la lamotrigine est envisagée, il faut attendre au moins un mois que l’éruption se résorbe complètement avant de recommencer.
Références :
  • Aiken, C. (2021, March 11). How to minimize lamotrigine's adverse effects. Psychiatric Times. https://tinyurl.com/5n97w665
  • Aiken, C. B., & Orr, C. (2010). Rechallenge with lamotrigine after a rash: a prospective case series and review of the literature. Psychiatry, 7(5), 27-32.

Diapositive 8 sur 17

Il convient également de préciser que la lamotrigine n’est approuvée qu’à partir de 18 ans. Son utilisation chez les adolescents ou les enfants est donc hors indication, et la posologie doit être maniée avec prudence, car les éruptions cutanées sont encore plus fréquentes chez l’enfant. Dans ce cas, il est indispensable de consulter le Vidal ou l’équivalent local pour respecter la titration appropriée, qui varie en fonction du poids et de l’âge en dessous de 18 ans.
Références :
  • Aiken, C. (2021, March 11). How to minimize lamotrigine's adverse effects. Psychiatric Times. https://tinyurl.com/5n97w665
  • Aiken, C. B., & Orr, C. (2010). Rechallenge with lamotrigine after a rash: a prospective case series and review of the literature. Psychiatry, 7(5), 27-32.
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Diapositive 9 sur 17

Pourquoi utiliser la lamotrigine malgré les risques d’éruptions potentiellement fatales ? Parce que certains patients y répondent de manière unique, et que, contrairement à la plupart des thymorégulateurs, elle est très bien tolérée — ce qui est loin d’être le cas de la majorité des traitements bipolaires.
Références :
  • Aiken, C. (2021, March 11). How to minimize lamotrigine's adverse effects. Psychiatric Times. https://tinyurl.com/5n97w665
  • Haenen, N., Kamperman, A. M., Prodan, A., Nolen, W. A., Boks, M. P., & Wesseloo, R. (2024). The efficacy of lamotrigine in bipolar disorder: A systematic review and meta-analysis. Bipolar Disorders, 26(5), 431–441. https://doi.org/10.1111/bdi.13452

Diapositive 10 sur 17

En dehors du risque d’éruption cutanée, on peut observer des céphalées. À doses élevées, des difficultés cognitives peuvent apparaître, notamment des troubles du manque du mot. Des rêves intenses, des nausées sont également possibles, mais les effets indésirables restent peu fréquents et généralement bénins. Cette diapositive présente quelques stratégies pour y remédier, comme le recours aux formes à libération prolongée ou aux comprimés orodispersibles.
Références :
  • Bowden, C. L., Asnis, G. M., Ginsberg, L. D., Bentley, B., Leadbetter, R., & White, R. (2004). Safety and tolerability of lamotrigine for bipolar disorder. Drug Safety, 27(3), 173-184. https://doi.org/10.2165/00002018-200427030-00002
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Diapositive 11 sur 17

Il est important de comprendre les données d’efficacité de ce médicament. Pendant de nombreuses années, les psychiatres ont douté que la lamotrigine traite réellement la dépression bipolaire, ce qui s’explique par un malentendu majeur survenu lors de son développement clinique. Lorsque le laboratoire Bristol Myers Squibb a cherché à démontrer l’efficacité de la lamotrigine dans la dépression bipolaire, il a mené des essais de cinq semaines. Or, lorsqu’il faut quatre semaines pour titrer le médicament, il est impossible d’observer une efficacité significative à cinq semaines. Ces essais ont donc été un échec retentissant, et le médicament n’a pas obtenu l’approbation dans le traitement de la dépression bipolaire aiguë.
Références :
  • Parker, G., & McCraw, S. (2015). The 'disconnect' between initial judgments of lamotrigine vs. its real-world effectiveness in managing bipolar disorder. A tale with wider ramifications. Acta Psychiatrica Scandinavica, 132(5), 345–354. https://doi.org/10.1111/acps.12427

Diapositive 12 sur 17

Certains psychiatres, dont Richard Weisler, ont convaincu le laboratoire qu’il y avait quelque chose de prometteur dans ce médicament et qu’il fallait mener des essais plus longs. Il a persuadé le laboratoire de réaliser un essai d’un à deux ans pour démontrer son efficacité à long terme. Ce pari s’est avéré payant : sur ces deux années, la lamotrigine a retardé le délai de rechute, c’est-à-dire la survenue d’un nouvel épisode, de 50 %.
Références :
  • Parker, G., & McCraw, S. (2015). The 'disconnect' between initial judgments of lamotrigine vs. its real-world effectiveness in managing bipolar disorder. A tale with wider ramifications. Acta Psychiatrica Scandinavica, 132(5), 345–354. https://doi.org/10.1111/acps.12427
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Diapositive 13 sur 17

On peut donc expliquer aux patients qu’ils pourront encore présenter des épisodes dépressifs sous lamotrigine, mais qu’ils seront beaucoup moins fréquents — souvent environ deux fois moins fréquents que sans traitement. Cela est essentiel pour évaluer les bénéfices du traitement, car il ne faut pas arrêter la lamotrigine simplement parce qu’un nouvel épisode dépressif survient. Son rôle principal est de réduire la fréquence des épisodes. C’est ainsi qu’elle a obtenu l’approbation dans la prévention des nouveaux épisodes dans le trouble bipolaire, aussi bien de type I que de type II.
Références :
  • Parker, G., & McCraw, S. (2015). The 'disconnect' between initial judgments of lamotrigine vs. its real-world effectiveness in managing bipolar disorder. A tale with wider ramifications. Acta Psychiatrica Scandinavica, 132(5), 345–354. https://doi.org/10.1111/acps.12427
  • Yatham, L. N., Kennedy, S. H., Parikh, S. V., Schaffer, A., Beaulieu, S., Alda, M., O'Donovan, C., MacQueen, G., McIntyre, R. S., Sharma, V., Persad, E., Young, L. T., & Ravindran, A. V. (2018). Canadian Network for Mood and Anxiety Treatments (CANMAT) and International Society for Bipolar Disorders (ISBD) 2018 guidelines for the management of patients with bipolar disorder. Bipolar Disorders, 20(2), 97–170. https://doi.org/10.1111/bdi.12609

Diapositive 14 sur 17

Par la suite, on a découvert que la lamotrigine présentait des effets synergiques avec le lithium : l’association des deux molécules permettait d’obtenir de meilleures réponses que chacune prise séparément. Enfin, au cours des dix dernières années, des essais indépendants — c’est-à-dire financés en dehors des fonds du laboratoire — ont démontré que la lamotrigine traite effectivement la dépression bipolaire aiguë, à condition d’être évaluée sur des périodes plus longues, de l’ordre de trois mois. Ces essais confirment son efficacité dans la dépression bipolaire, mais avec un délai d’action plus long, ce qui constitue son principal inconvénient. Il faut en effet compter 6 à 12 semaines pour observer un effet, alors que la plupart des traitements abordés dans cette série, comme le lithium et les antipsychotiques, agissent en deux à quatre semaines.
Références :
  • Haenen, N., Kamperman, A. M., Prodan, A., Nolen, W. A., Boks, M. P., & Wesseloo, R. (2024). The efficacy of lamotrigine in bipolar disorder: A systematic review and meta-analysis. Bipolar Disorders, 26(5), 431–441. https://doi.org/10.1111/bdi.13452
  • van der Loos, M. L., Mulder, P. G., Hartong, E. G., Blom, M. B., Vergouwen, A. C., de Keyzer, H. J., Notten, P. J., Luteijn, M. L., Timmermans, M. A., Vieta, E., Nolen, W. A., & LamLit Study Group. (2009). Efficacy and safety of lamotrigine as add-on treatment to lithium in bipolar depression: A multicenter, double-blind, placebo-controlled trial. The Journal of Clinical Psychiatry, 70(2), 223–231. https://doi.org/10.4088/jcp.08m04152
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Diapositive 15 sur 17

Comment intégrer tout cela dans la pratique clinique ? En proposant aux patients un choix éclairé parmi les options disponibles. On peut leur expliquer : ‘J’ai deux traitements pour la dépression bipolaire. L’un agit plus lentement mais présente très peu d’effets indésirables. L’autre agit plus rapidement, en une à deux semaines environ’ — il peut s’agir par exemple d’un antipsychotique comme la lumatépérone ou la lurasidone — ‘mais il entraîne davantage d’effets indésirables.’ Impliquer les patients dans la décision est essentiel, car lorsqu’ils participent au choix, ils ont tendance à mieux répondre au traitement.
Références :
  • Yatham, L. N., Kennedy, S. H., Parikh, S. V., Schaffer, A., Beaulieu, S., Alda, M., O'Donovan, C., MacQueen, G., McIntyre, R. S., Sharma, V., Persad, E., Young, L. T., & Ravindran, A. V. (2018). Canadian Network for Mood and Anxiety Treatments (CANMAT) and International Society for Bipolar Disorders (ISBD) 2018 guidelines for the management of patients with bipolar disorder. Bipolar Disorders, 20(2), 97–170. https://doi.org/10.1111/bdi.12609

Diapositive 16 sur 17

Voici les points clés à retenir sur la lamotrigine. La lamotrigine bénéficie de l’approbation de la FDA chez l’adulte pour la prévention des nouveaux épisodes dans le trouble bipolaire. Elle traite également la dépression bipolaire aiguë, mais n’est pas indiquée dans le traitement de la manie aiguë. Son principal atout est sa bonne tolérance, et elle représente un choix judicieux pour les patients atteints de trouble bipolaire de type II et de tempérament cyclothymique.
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Diapositive 17 sur 17

Les principaux inconvénients de la lamotrigine sont son délai d’action prolongé et le risque d’éruption cutanée sévère appelée syndrome de Stevens-Johnson. Ce risque est d’environ 1 sur 3 000, mais il est néanmoins impératif d’arrêter le traitement si le patient présente la moindre modification cutanée ou éruption au cours des deux premiers mois de traitement.

Objectifs d’apprentissage:
À l’issue de cette activité, le participant sera en mesure de :

  • Différencier les sous-types de dépression bipolaire (classique vs. atypique, caractéristiques mixtes, inflammatoire, vasculaire) et appliquer cette classification pour orienter le choix thérapeutique.
  • Comparer l’efficacité, la tolérance et les indications cliniques appropriées des traitements de première intention de la dépression bipolaire, notamment le lithium, la lamotrigine et les antipsychotiques atypiques.
  • Identifier les candidats aux traitements hors AMM et interventionnels tels que le pramipexole, l’augmentation thyroïdienne, la luminothérapie, la kétamine, la TMS et l’ECT dans la dépression bipolaire résistante au traitement.

Date de publication initiale: 1 janvier 2026
Date d’expiration: 1 janvier 2029

Intervenant: Chris Aiken, M.D.
Rédacteur médical: Tomás Abudarham, M.D.

Liens d’intérêts financiers pertinents:

Aucun des intervenants, planificateurs et relecteurs de cette activité éducative n’a de liens d’intérêts financiers pertinents à déclarer au cours des 24 derniers mois avec des sociétés non éligibles dont l’activité principale consiste à produire, commercialiser, vendre, revendre ou distribuer des produits de santé utilisés par ou sur des patients.

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